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Auteur/autrice : Mame Diarra Sarr

À Emerging Valley / Malick DIOUF, CEO de LAfricaMobile : « En 2024, un milliard d’Africains auront un téléphone mobile… »
À Emerging Valley / Malick DIOUF, CEO de LAfricaMobile : « En 2024, un milliard d’Africains auront un téléphone mobile… »

Malick DIOUF – « LAfricaMobile » est une entreprise panafricaine qui accompagne les marques et entreprises africaines à communiquer efficacement avec leurs clients sur le téléphone mobile. Parce que celles-ci sont confrontées à deux grandes problématiques en termes de communication et de marketing.

La première, c’est qu’elles doivent parler avec des clients dont certains sont connectés avec des smartphones et d’autres qui sont encore sur de vieux téléphones à touches ou boutons, sans écran et en-dessous de la 3G.
La seconde, c’est que l’on a malheureusement en Afrique une bonne partie de la population qui est encore illettrée. Ce qui veut dire qu’ils ne sont pas capables de décrypter de façon efficace tous les SMS ou messages qui circulent sur les réseaux sociaux.

APP – C’est donc un véritable casse-tête pour les marques…

Malick DIOUF – Elles se retrouvent en effet face à des gens connectés à Internet et ont le même smartphone que vous et moi, mais aussi face à d’autres qui n’ont pas Internet et sont encore sur la 2G ou la 3G. Il y a donc des gens lettrés et d’autres qui sont illettrés, incapables de lire. Ils ne réagissent qu’aux messages oraux, et de surcroît dans leurs langues locales.

Les départements Marketing de grandes sociétés comme Coca Cola, Canal + ou Orange sont donc confrontés à une véritable question : comment faire pour toucher une si grande diversité de clientèle ? Comment faire pour harmoniser tout cela de façon efficace et efficiente ?

APP – Quelle innovation avez-vous trouvée pour faire face à cette situation ?

Malick DIOUF – Pour résoudre ce problème concret, on a développé une plateforme qui mixte tout un ensemble de technologies. Et qui permet d’envoyer des messages textes à ceux qui savent lire, des messages audio à ceux qui ont Internet via WhatsApp, mais également des messages locaux dans les langues africaines. C’est en quelque sorte une « smart » plateforme qui utilise l’Intelligence artificielle et permet ainsi à la marque de nous envoyer un ensemble de textes qui peuvent être traduits, vocalisés et envoyés en wolof par exemple, le plus répandu des dialectes sénégalais qui est non seulement la langue nationale du Sénégal, mais aussi couramment utilisé au Mali, au Burkina, au Bénin, au Togo, etc.
Notre objectif est d’arriver à une communication efficace sur une cible qui, par nature, est diversifiée en fonction de leur éducation et du téléphone qu’ils ont entre les mains.

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« Tous les ans, on brasse déjà
plus de 100 millions de messages ! »

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APP – Cette surprenante invention est évidemment utile au-delà du Sénégal…

Malick DIOUF – En effet ! On est déjà présent dans une dizaine de pays en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale, plutôt francophones. Nous avons des bureaux en RDC, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali, au Togo. « LAfricaMobile » existe depuis 2014 et on est donc aujourd’hui une startup très avancée avec une trentaine de collaborateurs qui travaillent à l’extension et l’amélioration de ce projet. Pour vous donner une idée de ce que cela représente en termes de volume : tous les ans, on brasse déjà plus de 100 millions de messages, venant de 18 pays, ce qui est énorme !

APP – Et votre entreprise prospère ?

Malick DIOUF – Elle se développe. On a eu la chance de réussir à faire déjà deux fois des levées de fonds, avec Business Angels en 2018, puis en 2020 avec I&P (Investisseurs et Partenaires), un fonds français d’investissement d’impact. Aujourd’hui, on est dans une phase de série A pour pouvoir continuer à nous développer et apporter des solutions aux entreprises africaines de façon globale.

APP – C’est vous qui êtes à l’origine de cette invention ?

Malick DIOUF – Au départ, j’avais un associé, un ami de toujours avec lequel j’ai fait mes classes. On a commencé à travailler ensemble dans les grandes écoles, on en est sorti et on a lancé ce projet là. On a commencé à le tester chez nous, au Sénégal, pour bien comprendre la problématique de ce marché, avant de le lancer dans les pays limitrophes, notamment au Mali, en Côte d’Ivoire, en Guinée Conakry et en Guinée Bissau. C’est comme cela que nous avons essaimé dans un deuxième temps dans les pays de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire de l’Ouest Africain).
Aujourd’hui, mon associé est parti et a vendu ses parts, mais en revanche des fonds d’investissement sont entrés dans notre tour de table et m’accompagnent dans ce projet.

APP – Sur quel thème était votre panel, à Emerging Valley ?

Malick DIOUF – J’ai participé à un panel consacré à ce que l’on appelle la « legal tech ». Avec cette question posée à tous : comment la « legal tech » va permettre aux entreprises innovantes et rapides comme nous de pouvoir se développer à l’international entre l’Europe et l’Afrique ? C’est en logique parfaite avec notre ADN puisque « LAfricaMobile » a une antenne à Lyon.

Aujourd’hui, certains acteurs français travaillant en Afrique veulent en effet nous parler d’abord en France. On a aussi des investisseurs qui s’impliquent dans ce projet via cette antenne à Lyon.
Notre problématique majeure est celle-ci : comment fait-on quand on est une société sénégalaise dans un milieu aussi fragmenté où le droit des affaires n’est pas harmonisé ? Comment fait-on, nous autres entrepreneurs, pour naviguer dans un environnement aussi différent et fragmenté sur le plan juridique ? Car le droit des affaires n’est pas le même en Gambie, en Mauritanie ou au Sénégal.
Personnellement, je suis basé à Dakar et mon équipe aussi, mais je passe aussi beaucoup de temps à Lyon pour les raisons que je viens d’évoquer…

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« Nous étions avec Samir Abdelkrim
dans le même incubateur au CTIC Dakar »

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APP – C’est la première fois que vous venez en Provence pour Emerging Valley ?

Malick DIOUF – Non, c’est la troisième fois car je fais partie des chanceux qui ont participé aux premières éditions d’Emerging Valley. Car quand son fonatur Samir Abdelkrim a fait sa tournée des startups africaines, il a commencé par le Sénégal et plus précisément dans un incubateur qui s’appelle le CTIC Dakar où, mon associé et moi, nous étions en 2016.
Nous avons donc déjà eu l’honneur de venir ici pour parler des innovations que nous mettons en œuvre au niveau du Continent, mais également de toutes les opportunités d’affaires qu’il y a aujourd’hui en Afrique.

Il y en a énormément, mais l’on ne s’en rend pas toujours compte. Je vous donne un exemple : l’année prochaine, il y aura un milliard de personnes qui auront un téléphone mobile en Afrique ! Ce qui représente, bien sûr, une opportunité incroyable pour les entreprises africaines. Tous ceux qui ont manqué jusqu’à présent de digitalisation vont enfin avoir un outil leur permettant de toucher leurs clients de façon directe, sans intermédiaire.
Je pense donc que développer ce secteur de la communication et du marketing sur le téléphone mobile va être un levier extraordinaire de croissance des entreprises en Afrique.

APP – Et cela peut changer la donne économique en Afrique ?

Malick DIOUF – Absolument ! J’ai envie de dire que nous sommes en ce domaine des ambassadeurs. Les politiques parlent de développement mais se demandent toujours comment retenir la jeunesse africaine sur le Continent.

Notre réponse, c’est qu’il faut leur donner des opportunités d’affaires et d’emplois décents pour pouvoir développer leurs activités sur place et développer les écosystèmes où ils vivent tous les jours. Dès lors, ces jeunes n’auront plus besoin de partir et de s’aventurer sur des pirogues pour traverser la Méditerranée. Car tout ce dont ils rêvent d’aller chercher là-bas, en Europe, ils auront demain la possibilité et la capacité de le faire chez eux, dans leur propre pays.

Propos recueillis l’envoyé spécial à Aix-en-Provence,
Bruno FANUCCHI
pour AfricaPresse.Paris (APP) 

source: @africa_presse